Growing Language in a Greenhouse

TIZINTIZWA

Growing Language in a Greenhouse est un projet d’art et de recherche pluridisciplinaire, qui s’intéresse aux processus de centralisation politique et de construction de l’État-nation, ainsi qu’à leurs effets sur l’uniformisation linguistique, culturelle et environnementale. Entre la France et ses anciennes colonies, ces dynamiques d’homogénéisation ont souvent été accompagnées de récits et de justifications similaires, où certains modes de vie étaient présentés comme éloignés d’un idéal alors considéré comme celui de la « civilisation ».

Dans ces discours, certains responsables politiques comparaient les populations rurales françaises aux populations d’Afrique du Nord, mobilisant également des références aux récits anciens notamment les mythes liés aux guerres saintes – pour contribuer à façonner une identité nationale encore en formation. La langue française et les récits qui l’accompagnaient ont ainsi joué un rôle majeur dans la construction du projet national, des figures de Roland ou de Charles Martel jusqu’aux textes de Jules Ferry, Gautier ou Gambetta, qui ont profondément marqué les campagnes françaises.

Au fil du temps, à mesure que s’atténuait la distance entre centre urbain et les marges rurales, que les populations paysannes s’intégraient davantage au modèle national, l’enjeu de l’unité culturelle a évolué. Les regards et les récits collectifs se sont alors davantage tournés vers la figure de « l’autre », notamment dans un contexte colonial. Aujourd’hui encore, les échos entre certains imaginaires médiévaux et des conceptions contemporaines de la nation demeurent perceptibles, par exemple dans certaines références récurrentes aux guerres saintes au sein de discours politiques.

© Tizintizwa, Résidence artistique, la Forêt d’Art Contemporain. Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne, 2025

Au XIXe siècle, par exemple, la région bordelaise était décrite comme un « triangle mortel » habité par des « sauvages », des « croquants » et des « bouzons » qui conservaient des modes de vie « barbares », avaient un « sens du rythme » et ne parlaient pas français.

Brouillant la frontière entre fiction et réalité, empruntant une multitude de perspectives basées sur des collectes, des témoignages et des archives de toutes sortes, le collectif Tizintizwa tisse un récit historique et contemporain qui interroge la notion de « mono-culture » .

Pour mener cette recherche, 4 artistes du collectif, Oumaima Abaraghe, Soumeya Ait Ahmed, Montasser Drissi et Nadir Bouhmouch seront accueillis entre mars et octobre successivement à La Réciproque (Hasparren), La Forêt d’Art contemporain (PNR des Landes de Gascogne), Trapèze (St Jean d’Angély) et la Maison des écritures (La Rochelle).

Basé sur la rencontre et la mise en perspective de récits et de points de vues, la recherche artistique du collectif Tizintizwa porte une forte dimension événementielle avec l’organisation d’Agoras et de rencontres en France et au Maroc. Durant ces événements, ils intègrent différent·es contributeurs et contributrices issu·e·s du public comme des communautés artistiques et scientifiques locales.

Le COLLectif Tizintizwa

Tizintizwa est un collectif d'art et de recherche multidisciplinaire qui sert de tremplin à la création collective et aux échanges interculturels. Leur pratique repose sur le travail en commun et avec d'autres, sur la recherche d'harmonies dans la différence et sur la valorisation de l'hétérogénéité dans la nature et la culture. Ils travaillent avec le film et le texte, la photographie et le son, la performance et l'édition, la fiction et la non-fiction, le réel et le magique, l'oralité et la littérature, l'archive comme légende, la légende comme archive, l'ancestral et le contemporain, l'ancestral comme contemporain et le contemporain comme ancestral.

Leur pratique s'articule souvent autour de collaborations avec des communautés agricoles, de la documentation de l'oralité, de l'observation des transformations écologiques, de l'initiation de conversations interrégionales et de la mise en lumière de l'importance de la transmission transgénérationnelle et des relations entre la terre et les peuples. Leur travail a été présenté dans divers lieux, notamment à la Documenta 15, à la 35e Biennale de São Paulo, au Eye Museum et au Festival international du film documentaire d'Amsterdam.

Aujourd'hui, Tizintizwa comprend l'artiste visuelle Oumaima Abaraghe, la commissaire d'exposition et artiste chercheuse Soumeya Ait Ahmed, le cinéaste et écrivain Nadir Bouhmouch et le graphiste Montasser Drissi.

Tizintizwa Collective, 2024. Photo : Abdelhamid Belahmidi

Growing Language in a Greenhouse est un projet de résidence de recherche itinérante coordonné par le Frac Poitou-Charentes et soutenu par le contrat de filière arts plastiques et visuels porté par la Région Nouvelle-Aquitaine, le ministère de la culture DRAC Nouvelle-Aquitaine et le réseau Astre. Le programme de rencontres est soutenu par l’Institut Français et la Région Nouvelle-Aquitaine.